La pêche sur le Mékong fait vivre des millions de riverains dans six pays d’Asie du Sud-Est. Le fleuve reste l’une des plus grandes zones de pêche en eau douce du monde, avec une grande variété de poissons et de crustacés, mais ses captures reculent sous l’effet des barrages, de la pêche illégale et du développement économique.
Ce que pèse la pêche du Mékong en chiffres
Selon l’évaluation des rendements de pêche menée par la Commission du Mékong pour l’année 2020, le bassin inférieur du fleuve fournit chaque année entre un million et demi et un million sept cent mille tonnes de poissons environ. Le même rapport relève une baisse des captures d’environ 25 à 30 % par rapport aux évaluations réalisées en 2000 et en 2010. Ces volumes ne comptent pas les autres animaux aquatiques (crevettes, crabes, escargots, grenouilles), récoltés en grande quantité dans les rizières et les plaines inondables.
Pour les familles du bassin, le poisson est souvent la première source de protéines animales : la pêche n’est donc pas seulement un métier, c’est aussi une question de sécurité alimentaire.
Communautés de pêcheurs traditionnels
Les communautés de pêcheurs traditionnels vivent le long du Mékong depuis des siècles. Elles pratiquent une pêche artisanale avec des outils transmis de génération en génération : filets à main, éperviers lancés depuis la berge ou une barque, nasses en bambou et pièges fixes posés au passage des poissons. Ces pêcheurs appartiennent souvent à des minorités ethniques ou à des foyers à faibles revenus, ce qui les rend particulièrement vulnérables aux grands projets d’aménagement.
L’impact de la construction de barrages sur la pêche
La construction de barrages le long du Mékong et de ses affluents a des répercussions importantes sur la pêche. Les barrages bloquent la migration des poissons, dont beaucoup remontent le fleuve pour frayer, et réduisent les habitats de reproduction. Ils retiennent aussi les sédiments qui nourrissent les plaines inondables et le delta. Les stocks diminuent et les poissons deviennent plus difficiles à capturer. Les barrages coupent enfin l’accès à certaines zones de pêche en amont, avec des conséquences économiques lourdes pour des communautés qui vivent de la pêche depuis toujours.
Les méthodes de pêche illégale et leurs effets
La pêche illégale, non déclarée et non réglementée (INN) est un problème majeur sur le fleuve Mékong. Les pêcheurs illégaux emploient des méthodes destructrices, comme la pêche électrique, les explosifs ou les filets à mailles trop fines, qui tuent sans distinction les poissons adultes, les alevins et le reste de la faune aquatique. Ces pratiques pénalisent aussi les pêcheurs qui respectent les règles, puisqu’ils se partagent des stocks déjà réduits.
La gestion des ressources de la pêche
La gestion des ressources halieutiques du Mékong est une question difficile. Plusieurs organismes s’en occupent, à commencer par la Commission du Mékong qui réunit le Cambodge, le Laos, la Thaïlande et le Vietnam, mais leurs pouvoirs et leurs moyens restent limités. Les intérêts des différentes nations riveraines du Mékong sont divergents : un pays d’amont qui produit de l’électricité n’a pas les mêmes priorités qu’un pays d’aval qui dépend du poisson et des sédiments. Des efforts existent pourtant, comme les quotas de pêche, les périodes de fermeture pendant le frai et la création de zones protégées, notamment les fosses profondes où les poissons se réfugient en saison sèche.
Durabilité et efforts de conservation
Plusieurs programmes visent à rendre la pêche du Mékong plus durable. Ils encouragent des engins sélectifs qui épargnent les jeunes poissons, soutiennent la surveillance communautaire contre la pêche illégale et confient à des villages la gestion de leurs propres zones de conservation. D’autres actions portent sur la conservation des écosystèmes aquatiques : restauration des zones humides, protection des forêts inondées et réduction des pesticides utilisés en agriculture.
L’avenir de la pêche dans le Mékong
L’hydroélectricité et le développement économique continuent de menacer la durabilité de la pêche dans le Mékong. Entreprises, gouvernements et communautés doivent travailler ensemble pour que les plans de développement tiennent compte de leurs effets sur les pêcheries et les communautés de pêcheurs, dès leur conception. Il faut aussi poursuivre les efforts de conservation pour garantir à long terme la sécurité alimentaire et les revenus des populations qui pêchent.
Questions fréquentes sur la pêche dans le Mékong
Combien de poissons sont pêchés chaque année dans le Mékong ?
Pour 2020, la Commission du Mékong estime la production de poissons du bassin inférieur entre un million et demi et un million sept cent mille tonnes environ par an, sans compter les autres animaux aquatiques.
Pourquoi la pêche diminue-t-elle sur le Mékong ?
Les barrages qui coupent les routes migratoires et retiennent les sédiments, la pêche illégale, la surpêche et la dégradation des zones humides expliquent l’essentiel du recul des captures.
Quelles techniques utilisent les pêcheurs du Mékong ?
Surtout des techniques artisanales : éperviers, filets maillants, nasses, pièges fixes et pêche dans les rizières pendant la saison des pluies.
La pêche sur le Mékong est une question cruciale pour les communautés de pêcheurs qui résident sur les rives du fleuve. Il faut protéger les ressources halieutiques et les communautés traditionnelles de pêcheurs tout en permettant une croissance économique durable, ce qui passe par une coopération internationale et par une évaluation sérieuse de l’impact de chaque projet sur les pêcheurs.















